Dieu dit : « Que la lumière soit ! Et la lumière fut. ». Nous reconnaissons là le célèbre « Fiat Lux », l’un des exemples les plus illustres de performativité[1]. Selon la légende, cette formule reflète à la fois ce que peut engendrer une parole sur le monde et, en parallèle, illustre le phénomène vibratoire relatif a la création du monde, d’un point de vue plus rationnel.

 

Depuis les études de John Langshaw Austin (Quand dire, c’est faire) nous connaissons la manière toute particulière dont le langage s’incorpore à l’action lorsque celui-ci s’éloigne de sa fonction représentationnelle. Depuis la définition de la notion de performativité, nous savons que le langage a le pouvoir d’intervenir sur le cours de la réalité en vue de la modifier. La parole n’est plus seulement un moyen de décrire la réalité, une manière de rendre compte des choses et des événements, tel un miroir discursif du monde.  Il n’est plus seulement l’outil utilisé pour exprimer ou décrire la réalité telle qu’elle se présente. Dans le performatif le langage perd sa neutralité et, par la même, sa prétendue volonté à démêler le vrai du faux. Selon la force significative qu’elle véhicule au sein des sociétés, une parole est susceptible de modifier la réalité. J’explore notamment l’enjeu politique du « pouvoir des mots », remarquable outil visant à performer notre réalité. Mon activité artistique un prolongement physique du travail lié au langage.

 

L’objectif de ma recherche est de penser le processus performatif au sein même de la création artistique. Ma démarche comprend tant l’expérimentation pratique que l’élaboration théorique sur les questions de correspondances entre images et sons ; l’incarnation des sons en images et volumes. Mes travaux sont le résultats de recherches consistant à utiliser les vibrations, rythmes et sonorités comme substrat afin de donner corps à l’oeuvre. Fidèles à leurs propriétés physiques, inhérentes et naturelles, les sonorités suscitent la création plastique. Cette démarche a pour ambition d’étudier la transposition plastique d’éléments sonores et vocaux en des formes sculpturales et tracés graphiques. Une étude le rapport d’influence entre les mondes sonore et matériel. Est-ce que l’univers sonore façonne le monde physique et influence notre appréhension de la réalité ?

 

 

[1]La  performativité ou « acte de langage » ou encore parole performative est le fait pour un signe linguistique (énoncé, phrase, verbe, etc.) de constituer lui-même ce qu’il dénote. Produire (prononcer, écrire) ce signe réalise l’action qu’il décrit. Par exemple, le simple fait de dire « je promets » constitue une action engagée.